mercredi 16 décembre 2009

E.J. Bellocq



Personnage sulfureux que ce Ernest Joseph Bellocq.
Né dans le Quartier Français de la Nouvelle Orléans en 1873, il y a vécu toute sa vie et y est mort en 1949.
On ne sait pas grand chose de lui, et ses oeuvres les plus marquantes n'ont été révélées qu'en 1971, mais j'y reviendrai.
Sa vie était aussi discrète que son oeuvre était subversive, fertilisant de ce fait l'imagination, et on trouve toutes sortes de films ou livres "librement" inspirés du personnage, lui inventant une vie improbable, et souvent fantasmée (notamment le film "La Petite" (Pretty Baby) de Louis Malle, avec Brooke Shields enfant, qui avait défrayé la chronique).
Il se dit qu'il était, à la fin de sa vie, un excentrique misanthrope, ne s'intéressant qu'à la photographie.

E.J. Bellocq était un "Dandy", photographe, et gagnait sa vie en faisant des clichés tout ce qu'il y a de plus sages. Des choses techniques, industrielles.

Par ailleurs, cependant, et de façon confidentielle, il s'est attaché à photographier les fumeries d'opium de Chinatown, ainsi que les prostituées du quartier chaud: Storyville. Ce sont ces derniers clichés qui ont assuré sa pérennité.
Les négatifs de verre ont été retrouvés, cachés dans un sofa, en 1971.
Pour la plupart endommagés: les visages grattés. On a parfois attribué cette détérioration à son frère jésuite, unique héritier,
Plus vraisemblablement, c'est Bellocq lui même qui aurait trituré ses négatifs pour assurer l'anonymat de ses modèles (il utilisait également des masques, pour la même raison, lors des prises de vue).





Il existe peu de tirages de Bellocq lui-même, la majorité de son oeuvre ayant été détruite après sa mort.

C'est Lee Friedlander qui s'est attelé aux tirages et à la publication des photos, sous le titre Storyville Portraits, puis plus tard Photographs from Storyville une version un peu plus exhaustive.

Ces photos sont crues, belles, il s'en dégage une atmosphère intensément troublante, lascive, presque fetish et en même temps fraîche et spontanée.






(autre version de la toute première photo)








3 commentaires:

sunrise a dit…

Les deux versions de la première photo me font furieusement songer aux poses lascives et délurées de ce sulfureux Pierre Molinier! :-)

Mina Pyro a dit…

Exactement! Je me suis fait la même réflexion, ça m'a donné envie de faire un sujet là dessus. A suivre, donc. :-)

fileuse a dit…

Oh quel hasard, j'ai justement vu cette semaine la Petite de Louis Malle (quelle claque ce film d'ailleurs !)ça m'a donné très envie de me documenter sur ce fameux Bellocq. Du coup je suis très contente de lire ton article ! Merci !