Pierre Molinier (1900-1976) fait partie de ces artistes qui m'ont "éduquée", ou du moins, qui ont provoqué un gros déclic.
Je l'ai découvert il y a bien des années, par le biais d'une couverture d'album de Jad Wio.
Je me suis intéressée à ce peintre/photographe, et ce fut comme ouvrir la boîte de Pandore.
Une porte ouverte sur mille autres, une descente dans le soufre et la subversion, ou une montée, allez savoir.
En tout cas, une fascination. Comme d'accéder à un truc défendu, un film à carré blanc quand on est un poil trop jeune, un Rated R, un livre ("Les petits Oiseaux", d'Anaïs Nin, oulala!^^), bref, les choses que cachent les adultes (ou mon grand frère, en l'occurrence, au dessus de la grande armoire de notre chambre!).
On regarde à gauche, à droite, et pour ne pas se faire surprendre, on ferme tout doucement la porte, on se cache dans un coin ou sous la couverture avec une lampe torche, et on savoure le butin, l'oreille aux aguets...
Bon, pour Molinier, j'avais l'âge, disons, et personne pour me l'interdire, mais j'étais encore au stade de la fontanelle, niveau éducation sulfureuse!
Jad Wio était relativement explicite, mais ça restait abstrait, conceptuel. Le champs était désherbé, pour schématiser, mais pas ensemencé...
Voici donc que je découvre l'oeuvre de cet homme, suicidé d'une balle dans la bouche à 76 ans. Sur la porte, une note: "Je me tue. La clé est chez le concierge".
Son épitaphe était prête depuis longtemps : "Ci-gît Pierre Molinier/ né le 13 avril 1900/ mort vers 1950/ Ce fut un homme sans moralité/ il s'en fit gloire et honneur/ Inutile de pleurer pour lui".
Il était proche des surréalistes, lui aussi, et c'est André Breton qui l'adouba, notamment en exposant l'oeuvre (peinte) Le Grand Combat, en 1951 (contrairement à ce qui est dit dans la vidéo plus bas, puisque le catalogue de ladite expo était préfacé par Breton).

Ses photographies sont très étranges, composées de montages: il prenait des photos qu'il découpait, collait, et re-photographiait ensuite pour un résultat fondu. Je n'ai découvert que plus tard que les différentes parties étaient en fait...les siennes: bras, jambes, fesses, visages fardés ou masqués.
C'était un vrai fétichiste hardcore des bas, des souliers à talons. Donc!
Il y a beaucoup d'autres photographies le représentant dans des postures bien bien bien plus équivoques, mais j'avoue moins les apprécier, car elles ont, à mon sens, un petit côté "Je choque le bourgeois, juste pour le choquer" qui me parle moins. Cela dit, pour son époque, le bonhomme était subversif et sévèrement burné (et il le montre!lol), et rien que pour ça, il a toute ma sympathie.
Mais au delà du contexte, c'est la beauté de ses photos, leur composition, le grain particulier des tirages originaux qui m'a particulièrement attrapée quand je suis allée voir l'expo qui lui était consacrée à la Galerie Kamel Mennour, il y a plus de 10 ans.
Je suis repartie avec le livre sous le bras, et je le compulse encore souvent avec bonheur aujourd'hui.
Molinier m'a appris que le "Vice", sous entendu ou franchement exposé pouvait être beau, artistique, non vulgaire. Il n'y a pas à juger des pratiques, tout est transcendé, tout est regardable. Il m'a ouvert la fontanelle sur le fétichisme, pour peu qu'il soit de bon goût (après, tout est subjectif!). Il représente pour moi un genre de "militantisme" de l'érotisme, de la pornographie plus ou moins artistique.
Il a vécu selon ses propres principes, envers et contre tout. Il en est probablement mort, d'ailleurs, mais voilà un homme qui a fait avancer les choses. Le monde après lui n'était plus tout à fait le même.
Mon monde, en tous cas, n'a plus été le même. ;-)













